Quatre anciens employés d'un entrepôt de Chanel Hong Kong ont été condamnés à des peines allant de quatre à sept ans de prison pour avoir conspiré à voler plus de 700 articles destinés à la destruction, selon WWD. Le jugement aurait été rendu le lundi 3 août par la Haute Cour de Hong Kong, d'après FashionUnited France.
Les faits remontent au début de l'année 2017 : les prévenus auraient organisé, entre 2016 et 2017, le détournement de 123 portefeuilles et 601 sacs à main appartenant à Chanel Hong Kong Ltd. La police avait intercepté le groupe alors qu'il déplaçait 33 boîtes sur six palettes hors du site logistique Goodman Interlink, à Tsing Yi, où les produits promis à la destruction étaient stockés au 23e étage avant d'être envoyés au 5e pour être broyés.
Une valeur contestée
La valeur estimée des articles volés serait d'environ 19 millions de dollars hongkongais, soit près de 2,4 millions de dollars américains, selon WWD. Le South China Morning Post évoque de son côté 691 sacs et 123 portefeuilles, soit plus de 800 pièces, pour une valeur de 8,7 millions de dollars hongkongais. Cet écart de valorisation tiendrait vraisemblablement aux méthodes d'évaluation retenues par les différentes procédures judiciaires ou par les médias, sans précision complémentaire des autorités.
Deux des quatre prévenus auraient plaidé coupable de conspiration au vol avant le procès, tandis que l'ancien responsable de l'entrepôt et un autre employé auraient été reconnus coupables à l'issue d'un procès complet. La totalité des 724 articles aurait finalement été récupérée puis détruite comme prévu, sans perte financière pour Chanel, selon les éléments présentés au tribunal. En raison de la durée exceptionnelle de l'affaire, près de dix ans entre les faits et le jugement, les peines auraient été réduites, selon FashionUnited France.
Un système de destruction depuis abandonné
Les articles visés relevaient d'un système de broyage désormais disparu, qui détruisait alors entre 10 000 et 20 000 produits tous les six mois à Hong Kong. Cette pratique visait à protéger l'exclusivité de la marque et à empêcher une fuite des produits vers le marché gris. Chanel a réagi dans une déclaration transmise à WWD: « les chiffres mentionnés pendant le procès ne reflètent plus les pratiques mondiales actuelles de Chanel ».
La maison gère désormais l'ensemble de ses produits invendables dans le monde, y compris les invendus, défectueux et surplus, via L'Atelier des Matières, créé en 2019. Cette structure a depuis été intégrée à Nevold, le pôle de matières circulaires lancé formellement par Chanel en 2025, qui regroupe également Filatures du Parc et Authentic Material.
Ce dossier judiciaire ressurgit alors que le règlement européen sur l'écoconception doit progressivement interdire la destruction des vêtements, chaussures et accessoires invendus, d'abord pour les grandes entreprises, puis pour les entreprises de taille moyenne à partir de 2030. Aujourd'hui, plusieurs maisons de luxe investissent des dizaines de millions d'euros dans le recyclage et l'économie circulaire.
